La chasse aux gazelles est-elle bonne pour l’économie ?

La plupart des études démontrent depuis plusieurs années, la part considérable de la contribution des gazelles, ces jeunes entreprises présentant un croissance annuelle de plus de 20%, dans les économies nationales. L’intérêt des États pour le phénomène de la forte croissance est perceptible depuis une bonne dizaine d’années. De nombreuses études ont d’ailleurs été commandées au cours des dernières années par l’OCDE pour tenter d’en déceler les principaux facteurs ( innovations, internationalisation, exportation, etc.)

Seulement, ces entreprises convoitées par les gouvernements ne représentent qu’une petite fraction de la population entrepreneuriale, entre 2% et 4%. Cette faible proportition serait expliquée par le manque d’ambition des entrepreneurs à l’égard de la croissance. Il est vrai que la croissance entraîne généralement une phase de transition qui peut être particulièrement éprouvant surtout si l’on n’est seul, que l’on souffre d’un manque de leadership  ou que l’on ne possède pas déjà de solides compétences en management pour entamer et maintenir le processus de croissance. Aussi, une panoplie de mesures et programmes axés sur l’internationalisation et l’innovation ont été mis en place, suivant tantôt des modèles mettant l’accent sur le financement en échange d’équité, tantôt par le soutien technique aux entreprises.

L’enjeu étant pour les gouvernements de sélectionner les gazelles qui présentent un potentiel de croissance prometteur en vue de faire parti du club sélecte des entreprises qui recevront un traitement de faveur (financement, service conseil, formation). L’annonce du programme québécois des 300 gazelles en février dernier s’inscrit dans cette démarche.

Des politiques exclusives nuieraient à la confiance 

Malgré le rôle majeur des gazelles pour favoriser la croissance économique, rien n’indique que les sommes considérables qui seront investies auprès de ces entreprises se matérialiseront par la création d’emplois de qualité. Peu de programmes ciblant cette classe d’entreprise est parvenu jusqu’à maintenant à démontrer sans équivoque sont efficacité à engendrer des « fleurons nationaux ». Par contre, plusieurs études mettent en garde les gouvernements tout d’abord contre des politiques spécifiques qui pourraient avoir pour effet de créer un sentiment d’injustice au sein des milieux d’affaire et affecter la confiance et la collaboration au sein des écosystèmes. Mais aussi, contre la tendance à internaliser les services expert et à reléguer le privé à un rôle de second plan. Cette approche est perçue comme susceptible de diminuer l’intérêt des entreprises de consultations à investir et à contribuer à dynamiser ces écosystèmes.

Une vision holistique basée sur le développement des écosystèmes entrepreneuriaux 

Il reste qu’avec le déploiement de politiques spécifiques comme celle des 300 gazelles, l’un des principaux enjeux reste celui de la cohérence et de la coordination entre les différents programmes gouvernementaux à l’égard des PME. Pour stimuler la croissance des entreprises sur le long terme, ceux-ci devraient miser sur la responsabilisation de tous les acteurs des écosystèmes entrepreneuriaux à prendre en charge le développement de leurs écosystèmes entrepreneuriaux à l’instar des mittelstands en Allemagne.

Si l’on peut se questionner sur les finalités écologiques d’une logique économique basée sur la croissance, il reste tout de même que la proportion importante de ces entreprises se trouvent dans l’économie verte et font la promotion de valeur écologique dans la conquête de nouveaux marché. Aussi, l’institutionalisation d’une culture de croissance, si elle venait qu’à prendre forme, ne devrait pas uniquement reposer sur le développement de l’expertise, du leadership et de l’ambition des entrepreneurs, mais aussi miser sur leur responsabilité sociale à l’échelle locale et internationale en suivant par exemple le principe des 3 bottom lines introduit par Elkington au début des années 90: profit, people, planet.

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