La refonte des modèles: Économie et entreprise ouverte

L’internet à déclenché une véritable révolution dans la façon de concevoir notre rapport au monde. Deux aspects de cette révolution s’avèrent particulièrement intéressant pour comprendre le contexte dans lequel évoluent les « modèle d’entreprises ouvertes » soit celui d’une démocratisation de l’accès à l’information et des outils de production et du développement d’une économie de réseaux.

Cette synthèse d’articles scientifiques vise dans un premier temps à dresser un portrait des concepts servant à baliser le contexte d’émergence des entreprises et réseaux de valeurs ouvertes. Une première partie consiste à poser une première définition du « modèle d’affaire ouvert », puis à les situer d’un point de vue épistémologique dans un modèle d’économie de transition. Une seconde partie vise à circonscrire sommairement le concept de « valeur » dans les « réseau de valeur » et à envisager des outils pour en faire l’analyse.

L’entreprise ouverte dans une économie en transition

Selon Chesbrough (2009), la course à l’innovation force les firmes à adapter des modèles d’affaire ouverts pour maintenir un avantage concurrentiel. Ces modèles aident 1) à créer de valeur par le potentiel créatif que permet l’inclusion d’une variété de concepts externes, 2) à capter de la valeur « by utilizing a firm’s key asset, resource or position not only in that organization’s own operations but also in other companies’ businesses ». Par ailleurs, ces modèles s’inscrivent dans le contexte d’une économie en transition et est susceptible de varier dans sa forme selon le type d’économie dans laquelle il s’inscrit. Deux perspectives nous semblent intéressantes à étudier soit celle de l’économie créative et celle d’une économie de pairs (2P2).

Pour Florida (2006), la capacité créative des entreprises devient le principal facteur d’innovation. La diversité au sein de communauté d’association libre devient dans ce modèle un moteur de créativité. Parallèlement, Florida envisage la montée d’une nouvelle classe sociale qu’il appel « creative class ».

Les idées défendu par Jeremy Rivkin sur ce qu’il considère être la troisième révolution industrielle[1] et celles de Michel Bauwens au sujet de l’économie de pairs « 2P2 economy » laissent croire que l’internet puisse être à l’origine d’une révolution beaucoup plus importante. Poussant la logique de Von Hippel (2007), Bauwens (2009) appel à une démocratisation non seulement de la connaissance, mais aussi des moyens de création et de captation de valeur de pairs à pairs (P2P). Ce dernier parle de ce type de dynamique relationnelle, de pairs à pairs, comme étant émergentes aux réseaux distribués[2]. Dans cette perspective l’entreprise ouverte est perçu comme intrinsèque à un « réseau de valeur ».

Arvidsson (2008) voit dans l’émergence des nouveaux modes de production une « ethical economy ». Celle-ci se distinguant de l’économie capitaliste traditionnelle par le fait que les activités productives y seraient « primarily motivated by the wish to accumulate respect and recognition from that chosen community ».  Le terme « ethical » visant à souligner la nature indéterminée et choisie de ces obligations.

Le modèle des fablab lancé à la fin des années 2000 par le MIT, présente à la fois un tiers espace de création et d’innovation au sein des entreprises dans une perspective de « creative class », mais permet aussi un ancrage physique, notamment avec l’avènement des imprimantes 3D, aux communautés « open source » qui sont pour leur part plus susceptible d’y implanter une culture du P2P (Lo, 2014). D’ailleurs Trukina & Thai (2013) considère le bon fonctionnement de ce type de structure informelle en P2P, comme devant reposer des liens de confiance reposant sur un système de réputations dont l’évaluation serait faite de pairs à pairs.

Les réseaux de valeurs : éléments d’analyse

Certains auteurs, comme Verna Allee, préconise aussi un changement de perception au niveau de la chaîne de valeur, qui devrait, pour être en phase avec ces nouveaux modèles, être davantage analysée en terme de réseau de valeur. Allee (2003) defini un réseau de valeur comme étant « a web of relationships that generates tangible  and intangible value through complex dynamic exchanges between two or more  individuals, groups, or organizations ». Des exemples illustrant les succès rencontrés au sein de ces réseaux de valeurs sont démontrés à  travers l’établissement de « systems principles and an ethic of high integrity and trust », Biem & Caswell (2008) propose une méthode pour en cartographier les composantes et leur dynamique.

Velamuri (2011) parle d’un « hybrid value creation » comme d’un modèle transitoire basé sur le « crowdsourcing » et auquel des entreprises peuvent faire usage dans les processus innovants. L’article de Dahlander & Magnusson (2008) souligne l’importance de l’intégrité et de la confiance dans ce modèle entre les acteurs du réseau. L’exemple récent de Makerbot[3] démontre la fragilité de ce genre d’hybridation.

Le concept de valeur est polysémique, on s’en rend compte. De même les modèles d’entreprise ouverte et les réseaux dans lesquelles elles s’insèrent, peuvent reposer sur différente définition de valeur selon le paradigme économique, parfois différents, dans lequel elles sont conçues. Ainsi, il semble que l’éthique sur laquelle se base les systèmes de réputation jouent un rôle fondamental dans le bon fonctionnement interne autant qu’externe de ces entreprise. Il serait d’ailleurs pertinent d’observer au sein d’un réseau de valeur ouverte, quel rôle jouent ces système de reputation dans l’harmonisation des intérêts?


Références

Sur les économies de transition

Allee, V. (2003). The future of knowledge: Increasing prosperity through value networks. Routledge.

Arvidsson, A. (2011). General sentiment: How value and affect converge in the information economy. The Sociological Review59(s2), 39-59.

Bauwens, M. (2009). Class and capital in peer production. Capital & Class,33(1), 121-141.

Florida, R. (2006). The Flight of the Creative Class: The New Global Competition for Talent. Liberal Education92(3), 22-29.

Sur le concept de « Value Network » :

Arvidsson, A., Bauwens, M., & Peitersen, N. (2008). The crisis of value and the ethical economy. Journal of Futures Studies12(4), 9-20.

Turkina, E., & Thai, M. T. T. (2013). Social capital, networks, trust and immigrant entrepreneurship: a cross-country analysis. Journal of Enterprising Communities: People and Places in the Global Economy7(2), 108-124.

Velamuri, V. K., Neyer, A. K., & Möslein, K. M. (2011). Hybrid value creation: a systematic review of an evolving research area. Journal für Betriebswirtschaft,61(1), 3-35.

Sur le concept de « Open business model » :

Allee, V. (2003). Value networks and evolving business models for the knowledge economy. In Handbook on Knowledge Management (pp. 605-621). Springer Berlin Heidelberg.

Dahlander, L., & Magnusson, M. (2008). How do firms make use of open source communities? Long Range Planning41(6), 629-649.

Lo, A. (2014). Fab Lab en entreprise: proposition d’ancrage théorique. In Nouvelles pratiques stratégiques et dynamiques territoriales: la relance par l’innovation.

Thai, M. T. T., & Turkina, E. (2014). Macro-level determinants of formal entrepreneurship versus informal entrepreneurship. Journal of Business Venturing29(4), 490-510.

Outils d’analyse des réseaux de valeur

Allee, V. (2008). Value network analysis and value conversion of tangible and intangible assets. Journal of Intellectual Capital9(1), 5-24.

Biem, A., & Caswell, N. (2008, January). A Value Network Model for Strategic Analysis. In HICSS (p. 361).


[1] Voir Jeremy Rivkins, (2013) The third industrial revolution & (2011) The zero marginal cost society

[2] Il s’agit de réseaux dont la structure permet l’indépendance d’actions entre agents et noeuds et de maintenir leur propre relations dans des regroupements spontanées et volontaires sans permission préalable.

[3] L’entreprise doit sa croissance à la contribution d’une vaste communauté « open source hardware » et faisait la promotion de l’open source, jusqu’à ce qu’elle opte pour un modèle d’affaire conventionnel et protège ses innovations. Étant ensuite stigmatisé comme n’ayant pas d’éthique par la communauté.

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Auteur : Vaserdak

Candidat à la M.Sc management à HEC Montréal Chercheur-analyse, consultant, formateur

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